Le capital humain est au centre de toute stratégie crédible de développement durable et le redressement de notre économie passe par la réduction de la pauvreté. La sécurité sociale composante indispensable de la politique sociale, joue un rôle positif en ce qu’elle contribue au relèvement du niveau de vie et à l’amélioration de la productivité des entreprises et des économies.
Elle est un droit fondamental de l’être humain et un instrument essentiel de cohésion sociale, qui par-là même, concourt à la paix et l’insertion sociale. En favorisant la solidarité nationale, la sécurité sociale peut contribuer à la dignité humaine, à l’équité et à la justice sociale.
La sécurité sociale assurant des soins de santé, une sécurité du revenu, des services sociaux dans un esprit de solidarité sociale, devient plus que jamais nécessaire dans le contexte de la mondialisation et des politiques d’ajustement.
La politique de la sécurité sociale ne peut être envisagée isolément, elle est de fait une partie intégrante du cadre économique national et la mondialisation crée la nécessité de trouver de nouvelles idées, approches et réponses en ce qui concerne sa structuration. Son financement est indissociablement lié à l’emploi.
L’éligibilité du Cameroun à l’initiative renforcée d’allègement de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE), permet à travers le document de stratégie de réduction de la pauvreté ( DSRP) de mobiliser des budgets pour relancer l’économie et réduire le déficit social.
Le Cameroun dispose d’atouts importants mais est aussi face à des défis majeurs à relever. Au nombre des atouts, on peut citer un cadre macroéconomique stable ( PIB moyen sur les dernières années :4.5%), des conditions incitatives pour le développement du secteur privé, une pôle-position de développement dans le cadre sous-régional, une population jeune et éduquée, capable d’absorber les nouvelles technologies, d’améliorer la productivité, et une grande stabilité politique et institutionnelle. Le Cameroun aura besoin de ces atouts pour faire face à la dégradation considérable des indicateurs de développement humain au cours des années de crise.
Le Cameroun a un niveau de couverture de système de protection social évaluée à 10% de la population totale, quand bien même la santé arrive désormais en tête des préoccupations des camerounais.
En effet, il est temps de mobiliser toutes les forces vives de la nation dans un esprit d’équité, d’efficacité et de solidarité sociale. Il revient à l’Etat d’organiser et d’orienter avec les partenaires sociaux (existants ou à définir) les types de solidarités à mettre en place afin de combler le « déficit social » pour une meilleure cohésion sociale d’une part, et mettre en place une nouvelle génération de politiques économiques et sociales d’autre part, afin que les bonnes performances économiques se traduisent réellement par une nette amélioration des conditions de vie des populations.
Priorité doit être donnée à la conception de politiques et d’initiatives propres à faire bénéficier de la sécurité sociale à ceux qui ne sont pas couverts (90% de la population) tout en complétant la protection sociale des autres (10% de la population).
Initier une réflexion sur l’insuffisance de protection sociale et la portée de la solidarité sociale nécessitent un état des lieux.
L’application sans concession des nécessaires programmes d’ajustement structurel de la dernière décennie a laissé le système légal de sécurité sociale du Cameroun s’appuyer essentiellement sur :
- La Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) pour les travailleurs relevant du code du travail avec quatre branches : Les prestations familiales, les accidents et maladies professionnelles, la pension vieillesse et l’action sanitaire et sociale.
- L’Etat pour les fonctionnaires avec trois branches : l’assurance pension de vieillesse-invalidité-décès, l’assurance des accidents de travail et maladies professionnelles et les prestations familiales.
Face à ces défis, la volonté affirmée de l’Etat avec le soutien du Bureau International du Travail (BIT), la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI) a été d’entreprendre une réforme profonde, qui a abouti à la mise en place du comité de pilotage de la réforme de la sécurité sociale par arrêté n°086 du 13 avril 1998 du ministre d’Etat chargé de l’Economie et des Finances. La couverture maladie et l’extension du système de sécurité sociale à d’autres couches de la population font partie des axes stratégiques de cette réforme.
Les travailleurs indépendants, les paysans, les travailleurs occasionnels et du secteur informel, les chômeurs, les personnes âgées non affiliées à la CNPS et les handicapés ne bénéficient pas d’un système de protection sociale organisé. Ces catégories exclues du système de Sécurité Sociale camerounais, doivent par conséquent supporter complètement le financement de leur santé et celle de leur famille, leur pension et en partie l’éducation de leurs enfants (sauf l’école primaire publique).
Les entreprises privées en partenariat avec les travailleurs ont imprimé un rythme intéressant dans le progrès social. En effet, l’employeur commence à comprendre que le salaire n’est plus le seul élément de motivation du salarié, et que les acquis sociaux tels que l’assurance maladie, la couverture décès et un plan de retraite complémentaire à celui de la CNPS constituent un facteur de stabilité-fidélité donc bénéfique pour lui.
Il est étonnant de constater que les professions libérales (avocats, médecins, notaires, architectes et autres consultants etc…) n’arrivent pas à s’organiser pour mieux se protéger dans le cadre de la santé et des pensions vieillesse. Les actions menées restent individuelles pour les mieux nantis.
Les autres catégories restantes n’ont plus que l’Etat, les Organisations Non Gouvernementales (ONG), les Associations et la famille pour être protégées.
Le ministère de la Santé publique a instauré un système à trois niveaux conformément au schéma de développement sanitaire adopté à Lusaka en Zambie, en 1985 par les pays africains :
En outre le ministère de la Santé publique a mis en place en janvier 2004 un comité d’experts pour la réforme de l’assurance maladie pour tous les Camerounais. L’objectif principal de ce comité est d’être le plus pragmatique et concret possible avec un début de résultat dans moins d’un an et demi.
Ce comité qui a déjà défini le cadre général de la réforme, travaille actuellement en sous commissions respectivement sur le cadre réglementaire des mutuelles de santé et micro-assurances maladie, et les programmes prioritaires de santé.
Le financement public de la santé s’est avéré inadéquat lors des dernières années, eu égard aux besoins. En 2002, les besoins du secteur étaient estimés à 320 milliards FCFA, soit 5% du PIB, alors que le budget du secteur représentait seulement 1.1% du PIB. Ainsi, les ménages continuent d’assumer le plus grand poids des dépenses de santé grâce aux paiements directs (76% du financement total) contre 18.5% pour l’état et 5.5% pour les financements extérieurs.
La solidarité sociale à travers la famille, les organisations traditionnelles de solidarité, les associations complète les actions de l’Etat.
Elles ont pour activités classiques telles que la tontine, la banque avec un système d’épargne réel, le fonds d’aide ou « caisse secours » qui est financé par des cotisations fixes et obligatoires qui permettent d’assister financièrement les membres en cas de maladie et décès out le fond d’investissement commun avec des « actions » que les adhérents d’une réunion mettent en commun pendant plusieurs années en vue de réaliser dans le futur, un investissement productif qui n’est pas en général déterminé au moment ou débute le fond.
L’action des organisations non gouvernementales (ONG) dont neuf seulement ont obtenu le sésame** de la légalité, pour le secteur informel, repose en général sur un concept global de développement et de sécurité sociale et allie souvent les mesures de sécurité sociale traditionnelles à des mesures complémentaires qui portent sur les soins de santé primaires, les soins aux enfants, le logement et l’action sociale ciblée.
Il convient de souligner que c’est à chaque nation de veiller à l’élargissement des champs de la sécurité et solidarité sociale. Pour avoir un impact sur plus de 80% de la population, les propositions mises en application temporellement, doivent être concrètes.
Les pistes de solution devraient répondre aux cinq points suivants :
La protection sociale du secteur privé n’est pas encore complète. Il faudrait encourager les PME/PMI à participer à la mise en place des assurances maladie, décès ou retraite complémentaire pour leur personnel moyennant des avantages fiscaux sur les premières années.Certains corps de l’Etat devraient souscrire à une assurance maladie auprès des compagnies privées ou mutuelles afin d’avoir des primes d’assurance moins chères que le budget actuel alloué à la santé.
L’Etat peut aussi proposer aux professions libérales de se regrouper et de s’organiser dans le cadre de la protection sociale. La création d’une ou plusieurs mutuelles pourrait naître de ces pourparlers à condition qu’elles aient des tailles significatives pour une meilleure mutualisation des risques. Ces professions libérales peuvent aussi être intégrées par la CNPS dans le cadre de l’extension de la sécurité sociale aux autres groupes. L’Etat peut apporter sa contribution à la mise en place de cette protection par des abattements fiscaux comme l’ont fait des pays comme la France avec la loi Madelin. Le plus important est que la discussion soit lancée et que la communication soit présente.
Pour les travailleurs du système informel, on ne détient que peu d’informations sur la capacité de ces derniers à créer leurs propres régimes d’assurance sociale. Il faut d’abord obtenir des informations fiables et permanentes et pour ce faire, les politiques sociales « top-down » doivent céder la place au processus inverse « bottom-up ». En effet, l’Etat doit encourager les associations à partir des quartiers, les groupes d’entraide, les organismes caritatifs, les églises et les établissements de micro-finance (EMF) à mieux se structurer car ces derniers seront des bases de données dynamiques. Les circuits d’informations et l’outil statistique doivent être au cœur du système informel.
-Pour les personnes âgées, les handicapés et les enfants, une assistance sociale efficace est nécessaire et doit être financée par l’Etat et les forces vives de la nation dans le cadre de la survie. Au-delà, les familles et associations prendront le relais.