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Les Musées publics au Nord Cameroun, de 1955 à 2004 : état des lieux et perspectives

19 Oct 2006

Voici 49 ans aujourd’hui jour pour jour que le premier musée du nord Cameroun vit le jour. C’est le musée d’art local de Maroua créé par M. Meslé directeur du Centre de l’Institut Français d’Afrique Noire et conservateur en chef des musées du territoire, à la demande de M. Géorgy alors Chef de Région du Diamaré. Suivra alors celui de Mokolo quelques années plus tard.

Les buts poursuivis par ces musées étaient alors ceux de donner aux touristes des éléments ethnographiques pour mieux comprendre ces régions respectives, de garder pour les chercheurs et les curieux certains objets des cultures autochtones appeler à disparaître ou à dégénérer et enfin, conserver pour les peuples de la région des témoins des traditions et de l’effort fait par leurs ancêtres pour s’adapter aux milieux et aux conditions de vie locales.

Cette politique culturelle, noble et ambitieuse dans sa conception, a été comme telle transmise aux autorités du Cameroun devenu indépendant le 1er janvier 1960, faisant passer de ce fait ces musées sous la tutelle respective des ministères en charge des affaires culturelles. S’attendant à une évolution dynamique de la couverture muséale officielle, on assiste plutôt au mouvement inverse, c’est-à-dire à la fermeture de l’existant, en l’occurrence celui de Mokolo, suite à la décrépitude du bâtiment abritant cette institution. Cette situation inquiétante, nous amène à nous interroger à un double niveau : d’abord, qu’est-ce qui explique la léthargie en matière de politique muséale au nord Cameroun ? Et quelles stratégies nouvelles mettre en place pour réhabiliter les musées officiels existants et à travers eux, promouvoir un développement durable ?

Les musées publics au Nord-Cameroun : état des lieux

En réalité, l’immobilisme constaté en matière de conservation et de promotion du patrimoine culturel matériel à travers les musées n’est pas une question exceptionnelle et réservée au seul nord Cameroun. C’est une question nationale. Les pouvoirs publics ont donné priorité à d’autres programmes, mettant en veilleuse toute réflexion relative aux musées.

C’est ce que reconnaissait déjà le séminaire de formation sur la gestion des collections des musées publics et privés organisé en partenariat entre la direction du patrimoine culturel et le service de coopération et d’action culturelle français, tenu à Yaoundé les 29 et 30 juin et 01 juillet 1999. Pendant trois jours, il a été question pour les participants à ce séminaire de réfléchir ensemble sur les meilleures possibilités d’une bonne gestion des collections placées sous leurs responsabilités. Cependant, des recommandations issues de ce séminaire, constructives dans leurs formulations, seule celle relative à la politique incitative à la création et au fonctionnement des musées a porté la promesse des fleurs. Car à ce jour, on dénombre sur la carte muséographique du Nord-Cameroun, quatre musées privés essentiellement concentrés dans la département du Logone et Chari.

Ci-après, nous avons la photo du musée de Maroua, prise en 1975.

Photo musée de Maroua 1975

En plus, l’existant dans ces musées en termes d’objets n’a pas fait objet d’inventaire, laissant leur gestion à des agents de l’Etat formés sur le tas. Bien plus, depuis la création de ces musées publics avant l’indépendance, suite aux acquisitions par dons d’objets par les lamibés, aucune autre acquisition n’a été officiellement enregistrée jusqu’à ce jour au bénéfice de ces institutions publiques.

Cependant, il faut quand même noter pour le saluer, le don d’une centaine d’objets au musée d’art local de Maroua le 10 mars 1991 par feu M. Mamoudou Ladane, homme de culture de la localité.

Les délégations provinciales de la culture sous la tutelle desquelles sont placées ces musées, ne disposent d’aucune ligne budgétaire destinée aussi bien à l’entretien des bâtiments de musées qu’à leur fourniture en matériels de travail. Cette lacune, semblable et assimilable à l’oubli, a permis aujourd’hui la construction à proximité du musée provincial de Maroua, de toilettes publiques intensément fréquentées par les usagers du marché central de la dite ville.

Ensuite, le manque de visibilité et de lisibilité dans une politique nationale en matière de couverture muséale sur l’ensemble du territoire, vient compléter le tableau.

Les stratégies à mettre en place pour sortir nos musées publics de l’impasse

Le Nord Cameroun dispose d’une multitude de traditions culturelles matérielles. Mettre sur pied à l’échelle de chaque chef-lieu de département un musée, constituerait une première voie de sortie de cette situation déshonorante. Ce ne sera pas l’adhésion des populations qui fera défaut à cette politique de dynamisation et de valorisation de la culture matérielle de notre pays.

Le second aspect est celui de mettre à la disposition du ministère en charge de la culture des moyens nécessaires pour conduire à bien ses missions. Le budget actuel de ce département ministériel est loin de lui permettre de couvrir ses multiples et ambitieux programmes, au nombre desquels figurent en bonne place la réhabilitation et l’élargissement du réseau muséal national qui tienne compte des aires culturelles.

Ces mesures devraient aussi être suivies par la formation des conservateurs de ces musées, afin de mieux les outiller en vue d’un rendement croissant à travers une bonne gestion des collections.

En mettant sur pied une telle politique, le secteur des musées officiel dans notre pays sortira de la léthargie et débouchera sur des lendemains meilleurs.