Le Cameroun demeure l’un des pays au sud du Sahara qui dispose d’autant de monuments en terre que les plus anciens remontent à plus de neuf siècles d’existence. Il s’agit des palais des sultans et des lamibé de la partie septentrionale du pays. De la plaine inondable du Logone jusqu’aux hauteurs du plateau de l’Adamaoua en passant par la plaine de la Bénoué, on note la présence majestueuse des palais en terre, situés au cœur de leurs villes sièges respectives. Logone Birni, Makari, Bodo, Goulfey, Woulki, Afadey dans le Logone et Chari, Mora, Mokolo, Oudjila dans l’ancien Margui Wandala, Pouss, Maroua, Bogo, Mindif, Moutourwa, Kaélé dans la plaine du Diamaré, Rey-Bouba, Bibémi, Troua et Tchéboa dans la province du Nord et Ngaoundéré, Banyo, Tibati et Tignère dans l’Adamaoua en sont des illustrations patentes. Ce « patrimoine historique », est confronté à divers problèmes de conservation, dont la conjugaison des effets néfastes constituent aujourd’hui une sérieuse question qui préoccupent et agacent les gardiens des traditions et de ces hauts lieux de mémoire que sont les laamibés et les sultans.
Cette situation nous amène à nous poser la question suivante : qu’est-ce que le gouvernement de la République, la communauté nationale et les mécènes peuvent faire pour sauver au plus vite nos architectures monumentales en terre si gravement menacées et de toutes parts ?
La réponse à cette question appelle d’abord un examen de l’état des lieux et des acteurs, avant que de déterminer les stratégies à adopter pour un programme de sauvetage.
Remontant à plusieurs siècles d’existence, les palais des Laamibé et des sultans du Nord-Cameroun sont des témoins majeurs de l’histoire du Cameroun. Ils constituent des lieux de mémoire encore en activité.
De Maroua à Goulfey, de Mora à Banyo, de Makari à Pouss, de Bogo à Troua, de Rey Bouba à Mindif, de Bibémi à Afadé, de Mokolo à Bourha, ces chefs d’œuvres sont menacés par l’épreuve de temps, les intempéries liées aux pluies diluviennes, au soleil, à la sécheresse et à la disparition progressive et programmée des architectes traditionnels auxquels manquent cruellement la main d’œuvre nécessaire pour l’entretien de ces monuments hautement historiques et symboliques. Ils sont dans un état de conservation très déplorable et à la limite pénible à vivre, pour les populations qui s’y identifient et vivent dans le respect des traditions. Face à cette situation qui menace l’âme de ces hauts lieux où sont conservés les valeurs culturelles, sociales, éducatives et surtout la mémoire collective des différents peuples, les locataires de ces palais ne sont pas restés indifférents.
Les chefs traditionnels qui vivent dans ces palais ont entrepris des actions visant à sauver certaines parties indispensables de ces monuments. S’ils n’ont pas transformé tout simplement les vestibules d’entrée –Zaoulérou– en un bâtiment moderne comme c’est le cas à Garoua, Ngaoundéré et Mindif, ils introduisent du béton armé et de la tôle ondulée.
Sans s’opposer à leurs efforts de sauvetage et leurs aspirations au confort, ce qui du reste est normal et légitime, mais cela devrait se faire dans les zones intérieures et intimes du Lamido ou du sultan. Mais la généralisation de l’introduction de ces matériaux nouveaux à l’ensemble du palais présente des conséquences néfastes que sont la défiguration et la dénaturalisation de l’authenticité et de l’originalité de ces constructions en terre. L’exemple ci-après est là pour démontrer à suffisance s’il en était encore besoin cet état de chose.

Palais du Sultan de Logone-Birmi : état de détérioration très avancé et tentative d’introduction du béton armé.
Le palais est une propriété du sultanat ou du lamidat dans son ensemble, occupé par le souverain qui est auxiliaire de l’administration publique. Il constitue le patrimoine du pouvoir coutumier et à ce titre, reste et demeure un patrimoine national. Ils font la fierté du pays qui a su garder des siècles durant une tradition millénaire. Seulement l’Etat devra désormais intervenir pour sauver ce patrimoine architectural en terre aujourd’hui en péril.
En intervenant dans la restauration de ces monuments historiques en terre, l’Etat participera à coup sûr au maintien de l’équilibre social qui prend en compte bien d’éléments importants.
D’abord, la consolidation de la culture de la paix. En effet l’appartenance à une culture matérielle reconnue comme telle, sécurise l’individu, célèbre et participe au partage de la fierté des valeurs communes qui y sont contenues, débouchant ainsi sans condition à une harmonie sociale d’un peuple.
Ensuite, la restauration de ses palais en terre du Nord-Cameroun participe à la conservation de leurs valeurs spécifiques intrinsèques servant de références devant guider et orienter l’avenir. Elle permet également le renforcement de l’intégration des peuples, car les architectures anciennes donnent de la dignité aux individus tout en assurant l’image de marque du pays à l’extérieur et l’émergence du pluralisme.
Sur le plan de l’éducation et de la recherche, la réhabilitation des palais constituera une source d’inspiration artistique et un domaine de recherche afin d’améliorer et de perpétuer les techniques traditionnelles de conservation. Elle permettra enfin sur le plan économique, de créer des sources de revenus à travers l’ouverture de ces lieux au tourisme dit culturel qui va générer des revenus directs et indirects aux communautés locales respectives.
Il faut le préciser ici, avec le vote de la loi sur le mécénat culturel lors de la dernière session parlementaire, c’est une piste toute nouvelle qui est ouverte là. L’implication de mécènes à ces efforts de rendements économiques est bien possible, et peut s’exprimer à travers la production des supports promotionnels.
Pour pouvoir parvenir à sauver les meubles comme on dit couramment, plusieurs opérations peuvent encore être menées et à succès, par les pouvoirs publics. Au nombre de celles-ci, figure en bonne place, l’implication des municipalités locales dans l’entretien de ces édifices. En effet, issus de ces localités respectives et produits de la culture locale, et conscients du symbole que représente ces monuments, les magistrats municipaux doivent s’impliquer véritablement à l’entretien de ces lieux face aux revenus de plus en plus insignifiants des locataires de ces palais. Et à l’occasion de la journée internationale des monuments et sites historiques le 18 avril de chaque année, des manifestations à l’échelle des communes autour de ces palais contribuera à une large sensibilisation du public sur la portée historique de ces édifices.
Ensuite, le gouvernement peut aussi mettre sur pied un programme de valorisation et de sauvegarde de ces monuments historiques en partenariat avec des bailleurs de fonds et des organismes spécialisés. Ces palais peuvent alors faire objet de restauration dans le cadre d’un projet pouvant être dénommé Route des palais par exemple. Il s’agit alors d’identifier les palais en fonction de l’état de gravité de la dégradation et de prioriser les actions de restauration à y mener.
Le gouvernement peut également favoriser la pratique dite travaux d’entretien annuel ou saisonnier, en faisant appel aux populations comme ce fut le cas avec l’opération sahel vert. Cette opération consistait en le reboisement dans la partie septentrionale du pays pour arrêter l’avancée du désert, faisant appel à la main d’œuvre collective et volontaire. Ce faisant, nous sommes convaincu que ce patrimoine culturel architectural unique en son genre en Afrique central et expression indéniable de notre fierté nationale, pourra être sauvé au nom de l’intérêt général.
Le palais est une propriété du sultanat ou du lamidat dans son ensemble, occupé par le souverain qui est auxiliaire de l’administration publique. Il constitue le patrimoine du pouvoir coutumier et à ce titre, reste et demeure un patrimoine national. Ils font la fierté du pays qui a su garder des siècles durant une tradition millénaire. Seulement l’Etat devra désormais intervenir pour sauver ce patrimoine architectural en terre aujourd’hui en péril.
En intervenant dans la restauration de ces monuments historiques en terre, l’Etat participera à coup sûr au maintien de l’équilibre social qui prend en compte bien d’éléments importants.
D’abord, la consolidation de la culture de la paix. En effet l’appartenance à une culture matérielle reconnue comme telle, sécurise l’individu, célèbre et participe au partage de la fierté des valeurs communes qui y sont contenues, débouchant ainsi sans condition à une harmonie sociale d’un peuple.
Ensuite, la restauration de ses palais en terre du Nord-Cameroun participe à la conservation de leurs valeurs spécifiques intrinsèques servant de références devant guider et orienter l’avenir. Elle permet également le renforcement de l’intégration des peuples, car les architectures anciennes donnent de la dignité aux individus tout en assurant l’image de marque du pays à l’extérieur et l’émergence du pluralisme.
Sur le plan de l’éducation et de la recherche, la réhabilitation des palais constituera une source d’inspiration artistique et un domaine de recherche afin d’améliorer et de perpétuer les techniques traditionnelles de conservation. Elle permettra enfin sur le plan économique, de créer des sources de revenus à travers l’ouverture de ces lieux au tourisme dit culturel qui va générer des revenus directs et indirects aux communautés locales respectives.
Il faut le préciser ici, avec le vote de la loi sur le mécénat culturel lors de la dernière session parlementaire, c’est une piste toute nouvelle qui est ouverte là. L’implication de mécènes à ces efforts de rendements économiques est bien possible, et peut s’exprimer à travers la production des supports promotionnels.