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Les frontières en Afrique centrale : barrières, limites ou ponts ?

19 Oct 2006

La frontière occupe une place centrale dans les relations internationales. Elle délimite le territoire de l’Etat, c’est-à-dire l’espace géographique sur lequel s’exerce sa souveraineté. Elle se définit en droit comme la limite du territoire d’un Etat. Ligne déterminant où commencent et finissent les territoires relevant respectivement de deux Etats » en Afrique centrale. On assiste en effet à une rationalisation et à une nouvelle dynamique institutionnelle en Afrique centrale depuis l’avènement de la CEMAC. Des nouvelles institutions comme la COBAC qui a un pouvoir suprational, la Cour de justice de la CEMAC chargée de dire le droit communautaire, le Parlement destiné à mieux impliquer les peuples de la sous-région dans le processus d’intégration représentent des avancées certaines et suscitent des espoirs dans la perspectives de la défrontiérisation de l’Afrique centrale. Deux actes récents méritent à cet égard d’être cités : la création d’un passeport CEMAC et l’acte relatif à la mobilité des enseignants et des étudiants en Afrique centrale. A l’image de ce que font l’Agence universitaire de la Francophonie ou l’Association des Universités Africaines, la CEMAC s’est engagée à favoriser les échanges des enseignants d’universités de la sous-région en les finançant à plus de 50%.

C’est par des actions de cette nature et d’autres encore que pourront être rendues progressivement inutiles, les contrôles aux frontières et leur cohorte de désagréments.

En guise de conclusion, nous voudrions avancer ici quelques idées susceptibles de changer la perception que nous avons des frontières et de leurs fonctions et de les transformer en espaces de partage et de fécondation mutuelle.

  1. A la base, il faudrait une plus grande sensibilisation des populations à la réalité et à l’incontournabilité de la CEMAC. Le but final de l’intégration et la satisfaction des besoins sans cesse croissants des populations pour leur bien-être économique et social. Mitrany, le père de fonctionnalisme disait que ce sont les populations qui feraient pression sur les gouvernements pour qu’ils créent des organisations internationales techniques répondant à leurs aspirations dans divers domaines. Pour qu’elles agissent, encore faut-il que les peuples soient bien conscientisés, car la première racine de la pauvreté est l’ignorance. Ici les organisations de la société civile devraient jouer un rôle de premier plan. Au même titre que l’école, elles devraient participer à une socialisation visant à transférer les allégeances individuelles des communautés tribales et des Etats à la nouvelle entité transcendante qu’est la CEMAC. A l’image des clubs Unesco, clubs UA, on devrait avoir dans nos écoles, lycées et universités des clubs CEMAC qui se fédéreraient au niveau sous-régional.
  2. La circulation des élites et leur engagement sont cruciaux dans la stratégie d’intégration. Les universités de la sous-région devraient tirer pleinement avantage de la facilité offerte par la CEMAC en matière de mobilité. L’information devrait circuler dans les facultés, les grandes écoles aussi bien publiques que privées. En même temps, les universités devraient elles-même créer des fonds de mobilité dans leurs budgets annuels pour financer leur contrepartie des coûts de cette mobilité. Quant à l’élite sportive universitaire sous-régionale elle pourrait se retrouver à intervalles régulier dans le cadre des universiades.
  3. Dans sa vision cybernétique de l’intégration, Karl Deutsch mettait un accent particulier sur les communications, les échanges. On devrait passer du stade des conférences administratives comme la CAPTAC (Conférence des Administrations Postales et des Télécommunications de l’Afrique centrale) à des actions concrètes qui rapprochent les peuples de la sous-région à l’heure de l’internet et de la mondialisation.
  4. Puisqu’avec le néofonctionnalisme la barrière entre le technique et le politique a été levée, il est souhaitable que le parlement communautaire soit rapidement opérationnel et qu’il ne tarde pas à rejoindre le temps mondial en passant par le suffrage universel.
  5. La dynamique institutionnelle actuellement perceptible devrait se poursuivre grâce à l’ouverture à la compétition sous-régionale des différents postes des institutions de la sous-région. La nomination de X ou Y à la tête de telle ou telle institution par Z chef d’Etat connu à l’avance empêche les meilleures énergies et les meilleures intelligences de se mettre au service de la CEMAC.

Tous devraient être conviés à cet effort de construction sous-régionale.