En Afrique centrale, « le problème du temps » se trouve au cœur de la configuration des chaînes de pouvoir comme rapport sociopolitiques et géopolitiques.
Le « temps politique » (SCHEDLER et SANTISO, 1998 : 5) se déroule dans un contexte marqué par la propension des acteurs hégémoniques dominant les dispositifs étatiques à s'éterniser au pouvoir. La « politique démocratique » qui s'est instaurée en Afrique centrale se trouve donc confrontée avec ces dynamiques à des problèmes de « management du temps » accrus par les manœuvres gouvernantes orientées vers la pérennisation inconditionnelle du pouvoir des leaders présidentiels. Et alors qu'on a enregistré dans l'espace politico-stratégique et politico-économique de la CEMAC, les expériences rapides de « rotation du leadership » (leadership turnover) depuis 1990 comme au Congo sous LISSOUBA (1993-1997), les équilibres politiques restent dominés par la persistance au cœur des institutions de pouvoir des cas de leaders disposant d'une remarquable longévité » (remarkably durable leaders, BIENEN et VAN DE WALLE, 1989 : 20).
La longévité gouvernante suprême demeure la norme en raison de la rareté des dynamiques d'alternance dans les expériences de démocratie des pays de l'Afrique centrale CEMAC où l'alternance n'est intervenue qu'en Centrafrique à l'occasion de l'accession au pouvoir en 1993 d'Ange PATASSE et au Congo-Brazzaville en 1993 avec l'avènement au pouvoir de Pascal LISSOUBA. Les rythmes politiques de ces pays de la CEMAC géopolitiquement constitutifs de l'Afrique centrale du Centre-Ouest adossée au golf de Guinée pour sa façade maritime oscille toujours « entre autoritarisme et parlementarisme [OWONA NGUINI in 1999 : 146].
La mise en place des logiques de la démocratie dans ces pays d'Afrique centrale est en effet confrontée au souci des acteurs y contrôlant les axes étatiques de pouvoir, de se doter d'« une machine à capter le temps » [CHEMILLIER-GENDREAU. 1997 : 826]. Et à ce sujet, les opérateurs politiques gouvernants exploitent des visions conservatrices et inhibitrices de la « temporalité politique » pour canaliser les dynamiques de « démocratisation » par des stratégies d'accentuation de leur durée au pouvoir [Santiso, 1991 : 1085].
L'examen des logiques politiques d'organisation d'une longévité gouvernante quasi-vitale dans l'Afrique centrale CEMAC apparaît dans la trajectoire historique des leaders étatiques du Gabon, du Cameroun, de la Guinée Equatoriale, du Congo ou du Tchad, et révèle une certaine façon d' « habiter le temps » [CHESNEAUX 1996]. Les leaders étatiques de ces pays d'Afrique du Centre-Ouest vont exploiter les logiques temporelles et organisationnelles de la « restauration autoritaire » pour développer leurs chances de survie au pouvoir en domestiquant les dynamiques de la politique démocratique [BAYART].
Les modes d'action mobilisés par les équipes gouvernantes liées au président BIYA (Cameroun), BONGO (Gabon), DEBY (Tchad), OBIANG NGUEMA (Guinée Equatoriale) et même SASSOU NGUESSO (Congo) en dépit de son éclipse présidentielle entre 1993 et 1997, s'efforcent d'immuniser leur inamovibilité dirigeante en canalisant « la régulation de la circulation des élites et la dévolution du pouvoir par les urnes » liées aux « ouvertures démocratiques ». Une appréhension adéquate de l'optique de pérennisation du pouvoir des leaders présidentiels des Etats de la CEMAC doit en saisir les sources historiques dans les différentes « formes de gouvernement personnel » (forms of personal rule) qui ont précédé la reconfiguration des temporalités politiques indigènes par les dynamiques de démocratisation comme ailleurs en Afrique noire [JACKSON, ROSBERG, 1982 : 80-81]. Les tactiques et stratégies monopolistes qui se développent dans un contexte de démocratisation peuvent participer de visées consistant à surmonter le fait que « la démocratie entérine l'existence de gouvernements pour un certain temps, (pro tempore) » [SANTISO, 1994 : 1083. Et à ce niveau, les leaders étatiques de l'Afrique centrale CEMAC se conduisent comme des entrepreneurs et opérateurs politiques orientés vers le développement de ressources de « monopolisation du pouvoir » à même d'installer les moyens de domination portés vers un gouvernement perpétuel ou quasi-perpétuel [JOSEPH, 1990 : 52].
I- Le présidentialisme perpétuel, un gouvernement ad vitam et ad hominenLes manœuvres gouvernantes s'opèrent alors sur le terrain de « l'allocation du temps » afin d'obtenir un relâchement accentué des contraintes institutionnelles démocratiques préférant des « périodes écourtées » plutôt que des « périodes de longue durée » quant à l'établissement et à l'aménagement de la « durée » de la « dévolution temporaire du pouvoir » [SANTISO, 1994 : 1083]. Pour ce, les opérateurs présidentiels et gouvernementaux entreprennent par une « instrumentalisation politique du droit », d'asseoir la structuration du gouvernement perpétuel par des actions visant dans ces « expériences africaines » à « pérenniser la prépondérance de la fonction présidentielle dans l'organisation constitutionnelle et politique des pouvoirs publics » [OWONA NGUINI et Mutations, 2001 : 10].
Le gouvernement perpétuel ou quasi-perpétuel qui s'exprime dans l'organisation normative ou effective de perspectives de pérennisation du pouvoir suprême - comme orientations structurantes au Cameroun, au Gabon, au Congo-Brazzaville, au Tchad ou en Guinée Equatoriale - canalise les chances de « renouvellement politique » en différant l'institutionnalisation consistante de « l'alternance régulière » [JOSEPH, 1990].
En RCA, où l'on a assisté à une alternance en 1993 au profit d'Ange PATASSE [ENJEUX n°10 : 36], la stabilité ne s'est pas implantée et la reconduction électorale du président PATASSE n'a pas empêché que ce pays s'installe dans « des crises internes à répétition » [NTUDA EBODE, 2002 : 36].
Les gouvernants de l'Afrique centrale CEMAC instrumentalisent et mobilisent leur contrôle de la position présidentielle comme horloge centrale d'un temps politique visant à canaliser les « politiques de transition » par la conduite conservatrice d'« un changement en termes de formation politique et de régime » [OWOEYE in COUMBA DIOP et DIOUF 1999 : 437-438]. Les stratégies dirigeantes des leaders étatiques et ces groupes à eux coalisés sont alors engagées dans une perspective différant « la succession légale » et « les transferts ordonnés de pouvoir » par la mise en valeur des techniques et pratiques du gouvernement perpétuel basée sur l'organisation d'une inamovibilité gouvernante de facto [COUMBA-DIOP et DIOUF, 1999 : 11]. Ces stratégies d'installation d'une longévité gouvernante intangible ou se considérant comme telle correspondent à des perceptions et représentations temporelles en rapport avec un « passé d'autoritarisme » qui est mobilisé pour conforter le gouvernement perpétuel basé sur une conception ad vitam ou ad vitam aeternam du pouvoir [ZAKARIA, 2003 : 167].
I.B- Le gouvernement perpétuel comme gouvernement à durée indéterminéeLes entrepreneurs politiques et étatiques dont les stratégies d'action sont modelées par le souci d'une (re) production pérenne et éternelle de leurs machines de pouvoir immunisent leurs positions présidentielles gouvernementales contre « le processus de renouvellement politique » en canalisant les chances institutionnelles et transactionnelles d'« une relève totale par l'élection d'un nouveau gouvernement ou d'un nouveau parti à la faveur d'un processus électoral » [JOSEPH, 1990 : 46-47]. Ce faisant, les opérateurs gouvernants et dirigeants mobilisent leur contrôle déterminant sur l'arène institutionnelle (maîtrise des majorités gouvernementales et parlementaire, exploitation des ressources éminentes d'un constitutionnalisme sémi-présidentialiste ou néo-présidentialistes) pour (ré) introduire les logiques d'un gouvernement perpétuel comme monopolisation inamovible du pouvoir en rapport avec les figures tropicales et équatoriales de « la démocratie illibérale » [ZAKARIA, 2003]. Les manœuvres dirigeantes d'organisation de l'inamovibilité magistrale et impériale de ces leaders présidentiels exploitent remarquablement « l'inertie institutionnelle » ainsi que « l'opacité des jeux politiciens et des élections elles-même » [ROUBAUD, 2001 : 53 et 96]. Les logiques de situation qui prévalent alors avec le gouvernement perpétuel comme gouvernement à durée indéterminée conduisent à un pouvoir d'office comme pouvoir marqué par le complexe de MATHUSALEM [OWONA NGUINI, 2004]. Les présidents BIYA, BONGO, OBIANG, SASSOU NGUESSO s'inscrivent dans des machines de pouvoir où les offices présidentiels et gouvernementaux sont structurés comme des offices éternels et sempiternels qui sont censés favoriser « le maintien à vie au pouvoir » [Mutations, 2001 : 9].
I.C- La pérennisation inconditionnelle du pouvoir dans le gouvernement perpétuelLes préoccupations de pérennisation inconditionnelle du pouvoir dans l'Afrique centrale CEMAC montrent comment les opérateurs privilégiés et protégés de l'installation des présidences comme charges suprêmes vitales ou sémi-vitales basées sur une longévité gouvernante immodérée et intempérée, profitent du fait que « la transition dite démocratique et ses variations (confiscations/retours autoritaires ou dérives libérales) s'effectuent dans un même site et intéressent les mêmes acteurs » [COUMBA-DIOP et DIOUF, 1999 : 22]. L'allocation des positions présidentielle comme rentes viagères ou sémi-viagères de pouvoir semblait avoir été contrecarrée par la « génération constitutionnaliste des années quatre vingt dix (1990) » dont « l'inspiration néo-libérale » apparaissait « pourtant prédominante sur le continent africain » [CABANIS et MARTIN]. Pourtant ce mode d'allocation basé sur une conception emphytéotique au pouvoir, se manifeste comme un révélateur de « comportements à nouveau autoritaires » [CABANIS et MARTIN, 1999 : 26]. L'occupation emphytéotique des domaines gouvernants par les détenteurs quasi-perpétuels ou perpétuels des charges présidentielles-gouvernementales s'exprime par des « réformes constitutionnelles » qu'on pourrait considérer comme « des stratégies visant à pérenniser le pouvoir des régimes en place » [NTUDA EBODE in Mutations, 2004 : 10]. Les « maîtres centraux » de pouvoir que sont les présidents BIYA, BONGO, SASSOU NGUESSO, ou Idriss DEBY usent alors de leurs chances administratives et représentatives accumulées par leurs formations partisanes dominant que sont le RDPC, le PDG ou le DCT, le PDGE et le MPS qui disposent de majorités institutionnelles opérant comme de véritables concessions de monopole et de rente.
La domination présidentielle et gouvernementale des leaders étatiques de l'Afrique centrale CEMAC permet à ces opérateurs hégémoniques et oligopolistiques de désserrer les contraintes de compétitivité et de représentativité liées à des élections libres opérées dans des intervalles réguliers qui font que la démocratie fonctionne comme « un gouvernement pro tempore » (Democracy as government pro tempore) [LINZ, 1998 : 19]. Les « temporalités de la démocratisation » sont alors exploitées dans une perspective conservatrice et/ou démobilisatrice comme lorsque les opérateurs des coalitions gouvernants et dirigeants utilisent leur maîtrise majoritaire pour réviser les dispositions constitutionnelles limitant les mandats présidentiels : [1994]. De telles initiatives font l'objet de discussions fortement favorables au Gabon ou au Tchad dans les milieux de pouvoir montrant comment de nombreux acteurs des classes gouvernantes font montre de propensions politiques « à s'éterniser aux affaires » [Mutations, 2004 : 7]. C'est cette même éthique du « gouvernement perpétuel » comme « gouvernement sempiternel » qui a été exprimée en janvier 2004 par les personnalités alliés à la classe gouvernante camerounaise menée par le président Paul BIYA et dominée par son parti gouvernemental le RDPC, personnalités telles que Mme Françoise FONING député-maire et Grégoire OWONA, favorables à une révision constitutionnelle supprimant les limitations des mandats présidentiels au Cameroun [OWONA NGUINI, 2004]. Dans les débats politiques de ces pays, de telles initiatives et tentatives révèlent les entreprises simultanément conformistes et immobilistes de pouvoir freinant temporellement les dynamiques de transition démocratique par des démarches « d'habileté politique » (political crafting) pouvant évoluer vers le blocage de la « consolidation démocratique » ou l'engrenage de « la destruction démocratique » [LINZ et STEPAN, 1989 : 41-61].
II- La problématique viagère du temps politique dans le gouvernement perpétuelLa « logistique » (machine opérationnelle et transactionnelle) et la « stylistique » (doctrine informationnelle et décisionnelle) du gouvernement perpétuel ou quasi-perpétuel en Afrique centrale CEMAC induisent des propensions néo-autoritaires fortement favorisées par les techniques de pouvoir mobilisant les inamovibilités gouvernantes qui peuvent déstabiliser les dynamiques de la démocratisation [OWONA NGUINI, 2004]. Les techniques de pouvoir qui favorisent la centralisation conservatrice et inhibitrice du temps politique par la perpétuation de la longévité présidentielle-gouvernementale induisent des dynamiques évoluant vers des configurations politiques sans « limite temporelle » (time-limit) ou « limite indéterminée » (undetermined limit) [LINZ, 1998]. Les stratèges-théoriciens et les stratèges-praticiens du gouvernement perpétuel ou quasi-perpétuel en Afrique centrale vont tirer profit de l'appareillage conservateur du pouvoir pour différer temporellement « la politique de succession » en développant des techniques juridiques et politiques de canalisation des possibilités d'une mise en jeu effective de la charge suprême de gouvernement [HUGHES and MAY 1987]. Le développement d'une telle « problématique du temps » est effectivement orientée par des visées conservatrices et stérilisatrices faisant intervenir différentes tactiques et techniques concessionnelles pour immuniser les axes présidentiels-gouvernementaux contre une « détermination du temps » capable d'accélérer le temps politique des pays d'Afrique centrale au moyen de la mise en œuvre temporelle et structurelle d'alternances régulières [ELIAS, 1996]. La longévité gouvernante monopoliste ou quasi-monopoliste qui apparaît dans la persistance du pouvoir des leaders étatiques de l'Afrique centrale CEMAC réduit les chances d'une « solution rationnelle au problème de la succession » par la démocratie, parce que des conduites néo-autoritaires favorisant le traitement des problèmes de « transfert et d'usage du pouvoir » dans une optique instruisant le gouvernement perpétuel comme « pouvoir charismatique » [SYLLA, 1982 : 27]
Le complexe de Mathusalem qui favorise l'inamovibilité gouvernante repose sur des cadrages temporels fixistes et immobilistes basés sur l'intangibilité et l'incessibilité temporelles des inamovibles présidentiels comme caractéristiques d'une organisation viagère ou semi-viagère du pouvoir posant le pouvoir suprême présidentialiste ou sémi-présidentialiste comme position solaire commandant la rotation gravitationnelle des élites gouvernantes autour des centres présidentiels de force. Ce faisant, les dynamiques d'inamovibilité gouvernante favorise une construction fataliste des axes étatiques de pouvoir comme axes organisateurs d'un « pouvoir à vie » basé sur la phagocytose du « processus démocratique » [OWONA NGUINI in Mutations, 2001 : 10]. Les logiques d'action et d'opération qui sont alors mobilisées donnent lieu à une instrumentalisation néo-monopoliste ou sémi-monopoliste de « la prégnance du passé autoritaire » afin de biaiser la « temporalité politique » liée au « nouvelhorizon démocratique » [SANTISO, 1996 : 170-171]. De telles configurations basées sur des conceptions immobilistes ou conformistes de la « politique du temps » sont utilisées pour pérenniser la persistance de dynamiques hégémoniques et monopolistiques manipulant et instrumentant les dispositifs du pouvoir étatique comme des rentes de position.
[SCHMITTER et SANTISO, 1998]. Dès lors, une « conception patrimoniale du pouvoir » s'exprime de façon récurrente révélant « la faible capacité d'adaptation des pouvoirs politiques et des techno-structures étatiques, du fait de leur imbrication à la nouvelle donne de la gouvernance. Imbrication qui est un héritage du parti unique » [ANGO ELA, in ANGO ELA, 2001 : 69].
Les logiques patrimoniales liées aux expressions multipartistes et néo-monopolistes du gouvernement perpétuel en Afrique centrale comme gouvernement inconditionné et inconditionnel ont fait plonger certains processus de démocratisation comme celui de la Centrafrique qui a été perçu comme « un facteur de déstabilisation sous-régionale » [NTUDA EBODE, 2003 : 60]. La structuration viagère du pouvoir renforcée du contrôle oligomonopolistique des ressources de rente et de traite dans le contexte néo-monopoliste de canalisation des transitions démocratiques dans la zone CEMAC, peut aussi favoriser une conception paresseuse et immobiliste assimilant la longévité gouvernante de l'inamovible suprême avec la « longévité politique de son ethnie » comme on l'a vu avec l'« houphouetisme » en Côte-d'Ivoire [NTUDA EBODE, 2003 : 33]. Les figures politiques de la pérennisation inconditionnelle des pouvoirs en Afrique centrale révèlent en effet d'un paradigme perpétualiste du pouvoir qu'on peut appeler le gouvernement perpétuel-personnel comme construction temporelle d'une concession viagère ou sémi-viagère du pouvoir présidentiel.
Le paradigme du gouvernement perpétuel comme pouvoir temporel inconditionnel peut être - pour ces configurations africaines dont font partie les formations politico-étatiques de l'Afrique centrale CEMAC - appelé le paradigme houphouêtiste basé sur une conception du pouvoir suprême basé sur la vigilance saurienne d'un géronte princier.
Ce « paradigme crocodilien » du pouvoir est précisément à l'origine des problèmes de stabilité que connaît la Côte-d'Ivoire en raison d'une gestion des affaires par le président Houphouët dont le moteur était basé sur une conception. Après lui, le « déluge » [Jeune Afrique, 2004]. L'archonte ivoirien était grand maître du gouvernement perpétuel basé sur la primauté éternelle du maire central a bloqué la mise en place d'un jeu institutionnel consolidé autour de la succession qui soit un « jeu basé sur la consistance temporelle » livrant son pays aux aléas du déluge des luttes déréglées de succession [BATES, 1997].
B- Le temps politique illimité du paradigme houphouetiste et le syndrome de la successioncomme déluge
Le paradigme houphouetiste est à l'origine du « syndrome pro-diluvien » cultivé par les hiérarques présidentiels de l'Afrique centrale engagés dans des stratégies inflatoires et dilatoires de longévité qui favorisent à moyen terme le recours des acteurs concurrents à des démarches crisogènes et belligènes pour accéder aux rentes présidentielles et gouvernementales de position [OWONA NGUINI, 2004].
Le souverainisme immunitaireet éternitaire lié au gouvernement perpétuel entend s'appuyer sur « la longue durée autoritaire » pour canaliser « l'instant libéral » susceptible d'orienter le changement politique vers un « développement démocratique » pouvant déboucher sur la relève gouvernementale et présidentielle [SINDJOUN, 1994 : 217]. Ce faisant, il peut s'appuyer sur le contrôle politico-économique de ressources de rente comme le pétrole, son rôle patrimonialiste faisant l'objet de convoitises intérieures et extérieures susceptibles de faire muer « la paix civile » en « guerre perpétuelle » en raison de la forte sensibilité de la gestion pétrolière de ces pays du Golfe de Guinée à neutraliser « l'enjeu démocratique » [NTUDA EBODE, 2004 : 469].
Le gouvernement perpétuel des leaders étatiques de l'Afrique centrale géré de façon conservatrice « le problème de l'institutionnalisation de la gouvernance » en concentrant dans les ressources publiques à des « préoccupations de maintien (maintenance purposes) » définis sur la bas d'échanges politiques et économiques basés sur une « réciprocité » clientéliste multipliant les conflits sociaux et politiques de distribution [HYDEN, 1992 : 259-263]. Dès lors le gouvernement paratemporel et inconditionnel des présidents de la CEMAC devient un pouvoir incalculable et imprévisible essayant de se défaire de « la limite du temps aux pouvoirs absolus » [Mutations, 2004].
Les logiques de perpétuation du pouvoir basées sur la rétention de son institutionnalisation consiste dans le temps au sein des Etats de la CEMAC, est une marque du « déficit démocratique » parce qu'elles font dépendre les hypothèses du transfert des charges présidentielles - gouvernementale de mécanismes informels susceptibles d'alimenter une « source d'éclatement des sociétés politiques » en les soumettant à la menace du déluge post-successoral [ETEKI in ANGO ELA, 2001 : 195]. Le gouvernement perpétuel donne lieu à une logique patrimoniale et artisanale qui favorise « le straddling » entre « les pouvoirs économiques et les pouvoirs politiques » et empêche que soient utilisées des techniques institutionnelles et industrielles de rationalisation du temps mieux à même d'éviter que les compétitions de succession ne se transforment en « conflits d'accaparement des rentes » [HUGON, 2001 : 157-159].
Les autres leaders de l'Afrique centrale ont comme au Cameroun réalimenté les moteurs d'un gouvernement immunitaire et éternitaire pour canaliser les temporalités démocratiques liées à « l'accélération du changement politique entre 1990 et 1992 » [MEHLER in DALIOZ, QUANTIN, 1997 : 95]. Les présidents BIYA (Cameroun), SASSOU NGUESSO (Congo), BONGO ONDIMBA (GABON), OBIANG NGUEMA MBASOGO (Guinée Equatoriale) et DEBY (Tchad) usent de la maîtrise hégémonique des scènes gouvernementales et parlementaires par les appareils partisans du RDPC, du PCT, du PDGE et du MPS pour conforter leurs rentes de pouvoir en exploitant la « tradition de monopole politique » dans la pérennisation gouvernante via la maîtrise de « la compétition électorale » [SINDJOUN in SINDJOUN, 1999]. Il importe pourtant de mettre en place une « géopolitique de la gouvernabilité » en Afrique centrale, en remplaçant la dynamique temporelle auto-immunitaire et le gouvernement perpétuel par le Temps compétitif du « gouvernement parlementaire de l'Etat vers les pays de l'Afrique centrale », ceci pour éviter les conflits [OWONA NGUINI in ANGO ELA, 2001 : 210]. Le gouvernement rationnel suppose un temps conditionnel, un temps limité qui renvoie à la séparation temporelle des pouvoirs opposée aux inamovibilités gouvernantes.
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