Skip to content

Est-ce que le bois camerounais peut servir de produit structurant pour le développement du Cameroun ?

Café géopolitique du 10 avril 2007 au Centre culturel français de Yaoundé.
12 May 2007

I- DEFINITIONS

Selon le Petit Larousse :
  • Le bois est une matière compacte et fibreuse, plus ou moins dure, formée par les vaisseaux transporteurs de sève, aux parois riches en cellulose et en lignine; et constitue le tronc, les racines et les branches des plantes ligneuses (arbres);
  • Produit structurant, produit phare, un produit à partir duquel le Cameroun pourraitamorcer unvéritable développement de son économie.
Le bois recèle à cet effet quelques avantages comparatifs aux niveaux socio-économique et technique par rapport à d'autres matériaux à l'instar du ciment.

II- LES AVANTAGES DU BOIS

1- Les avantages d'ordre socio-économique

  • Dotation en logements décents aux apports économiquement faibles;
  • Matériau pouvant être utilisé dans tous les domaines de la construction (maison entièrement en bois), et donc utilisation optimale des produits de l'exploitation forestière avec recyclage des divers sous-produits des transformations pour des applications spéciales (briques en bois, bardeaux de toitures, etc.);
  • Désenclavement à coût modéré des zones économiquement sinistrées;
  • Utilisation des essences moins connues sur les marchés traditionnels, et donc limitation de écrémage et augmentation du rendement de l'exploitation forestière;
  • Utilisation d'une plus grande partie de l'arbre grâce à la fabrication de produits en panneaux de particules pour les besoins des constructions résidentielles en bois (panneaux, bardeaux de toitures, briques en bois, ...);
  • utilisation des chutes de 1e et 2ème transformation pour des éléments spéciaux non porteurs dans les constructions, et aussi utilisation de débités de moindre qualité esthétique autant pour des éléments porteurs (bonne résistance mécanique résiduelle) que pour des éléments non porteurs (résistance résiduelle insuffisante pour les niveaux de chargement imposés);
  • Augmentation des relations intersectorielles et expansion des industries «liées»: Clouterie, visserie (plus généralement industries métallurgiques), industries chimiques pour la productions de colle et de produits de préservation;
  • Plus grande circulation du capital dans l'économie nationale à cause de plus longue chaîne d'augmentation et de création de la valeur ajoutée (et donc augmentation de la richesse nationale);
  • Diminution considérable du niveau des importations (pour des produits d'ailleurs pas stratégiques) et utilisation plus rationnelle des devises pour les besoins stratégiques;
  • Meilleure perception des fonctions multiples de la forêt par les populations, et donc plus grande sensibilisation à sa pérennisation à travers sa gestion durable;
  • Plus grand intérêt des opérateurs économiques (autant nationaux qu'étrangers) pour des investissements dans la filière bois, grâce à l'éclosion d'un marché intérieur fort, garant d'une rentabilisation des éventuels investissements;
  • Meilleure rentabilité des industries forestières (et donc augmentation des volumes de prélèvements du trésor public), du fait d'une plus grande stabilité des prix des bois et produits dérivés assurée par un fort taux de consommation interne.

2- Les avantages d'ordre technique

  • Pour des performances comparables, le bois est avantageux économiquement par rapport aux matériaux concurrents;
  • Facilité d'édification et, avantage considérable sur les autres matériaux, se prête parfaitement à l'industrialisation (fabrication de maisons en bois en série en tirant avantage de la préfabrication des modules constituant la maison);
  • Le bois est d'un niveau de durabilité comparable à celui des autres matériaux de construction lorsque traité de manière approprié et surtout entretenu régulièrement;
  • Le bois est non-corrosif, dans la mesure où il ne réagit pas avec la majorité des produits chimiques;
  • Le bois présente une faible conductivité thermique. Sa conductivité thermique est de 10% celle du béton et 0.5% celle de l'acier. C'est donc un bon isolant thermique, d'où le grand confort qu'il permet d'assurer dans les zones tropicales;
  • Le bois est sécuritaire en cas d'incendie et présente une bonne résistance au feu (la durée de résistance au feu est la période pendant laquelle un élément de construction continue à remplir son rôle dans des conditions spécifiées).
  • Il garde sa fonction portante suffisamment longtemps malgré qu'il soit entrain de brûler, même que le charbon formé dans la zone enflammée joue le rôle d'isolant pour le reste de l'élément en feu (ce qui n'est pas le cas des métaux qui fondent ou du béton qui devient friable);
  • Le bois est facile à transformer (couper, percer, modeler, ...) et facile à assembler avec une technologie rudimentaire (clouer, coller, etc.);
  • Le bois est esthétique et de ce fait permet de créer un cadre de vie agréable;
  • Le bois peut prendre différents finis qui aideraient à améliorer et à personnaliser son apparence;
  • Le bois est une ressource abondante et renouvelable (peut servir à satisfaire les besoins de plusieurs générations, qui n'auront qu'à transmettre les techniques de construction et à les sophistiquer);
  • La construction en bois est rapide d'édification quand les techniques d'érection sont bien maîtrisées;
  • Les industries du bois peuvent aussi être peu polluantes, de même que leur localisation classique dans les zones rurales (pour être proche de la matière première) permet le développement socio-économique de ces zones (limitation de l'exode des populations rurales et donc diminution de la pression démographique sur les villes, et contribution à l'uniformisation du niveau de développement global);
  • Les industries du bois produisent des résidus biodégradables;
  • Le bois est un matériau reconnu comme très adapté au climat tropical humide tel celui prévalant au Cameroun;
  • Le Cameroun dispose d'une grande variété d'essences feuillues utilisables dans la construction de par leurs propriétés physiques et mécaniques;
  • Le bois est un bon isolant phonique en cas de pluie (bardeaux de bois par rapport à tôles en Aluminium);
  • Le bois est un matériau facilitant la création architecturale grâce à sa souplesse d'utilisation (de nombreuses variantes sont possibles au niveau de la conception et de la mise en œuvre).

II- SITUATION ACTUELLE DU SECTEUR FORESTIER CAMEROUNAIS

1-Formations forestières du Cameroun

Foret Dense humide

18283

Mosaïque foret/savanes

5792

Mosaïque foret/cultures

2116

Foret sub- et montagnarde

1150

Mangroves

118

Total

27459

Source : Global land Cover 2000

NB : les forêts denses s'étendent sur près de 40 à 50% du territoire et représentent 21,1millions d'ha

2- Données économiques

  • 10 % du PIB national;
  • 30 % des recettes d'exportation nonpétrolières;
  • 35 000 travailleurs;
  • 1% taux de déforestation (200000ha/an), ce qui place le Cameroun en tête de la déforestation dans la sous région avec 0,2%/an pour les autres pays;
  • 7 millions d'hectares sont réservés à la production de bois d'œuvre sur une surface totale d'environ 21 millions d'hectares;
  • Volume du bois sur pied 1, 5 milliards de m3 basés sur in inventaire réalisé sur 14llions d'ha;
  • Une production nationale estimée à 3 à 4 millions de m3/an;
  • Un rendement à l'hectare des activités d'exploitation forestières estfaible et atteint des valeurs de103/ha à cause de la pratique de coupe sélective;
  • Le rendement matière (pourcentage du volume de la consommation des grumes transformé en produits de qualité export global d'utilisation de la matière première du secteur industriel)serait d'environ 36%, celui de l'industrie de sciage étant d'environ 27%;
  • Le Chiffre d'Affaire du secteur forestier se situe entre 200 à 250 milliards de Fcfa;
  • Les recettes fiscales directes sont estimées à 40miliards/an.

III- PROBLEMATIQUE

Le secteur forestier camerounais est caractérisé par un ensemble d'extraversions :

- Extraversion au niveau des acteurs et des financements : Le capital investi est détenu à plus de 75% par des étrangers, l'essentiel des exportations étant contrôlée par ces derniers ;

- Extraversion au niveau des technologies : La majorité des unités industrielles existantes sont des scieries, dont les caractéristiques essentielles sont : équipement industriel d'occasion, ouvriers formés sur le tas, consommation en grande majorité de grumes déclassées par rapport aux autres utilisations. Le niveau de compétitivité de ces usines sur les marchés internationaux demeure bas, compte tenu des technologies mises en œuvre et de la qualité des ressources humaines ;

- Extraversion au niveau des produits : 90% de la production industrielle est exportée en sciages ou en grumes, 75% des exportations en grumes et 80% en sciages sont contrôlés par les filiales Camerounaises d'entreprises transnationales. Les 3/4 environ des bois camerounais exportés en Europe par l'ensemble des entreprises transnationales implantées au Cameroun, circulent à l'intérieur du réseau de commercialisation des maisons-mères, réseau formant une structure verticale fonctionnant pratiquement sous le mode « Bois-marché ».

- Extraversion au niveau de la vision des acteurs sur la gestion de la ressource : Tous les acteurs y compris l'Etat sont animés par des processus calqués sur le court terme. A cet effet, chacun développe des stratégies de maximisation du captage de la rente issue de l'exploitation des forêts naturelles ;

IV- PERSPECTIVES

  • La production de bois doit être transformée dans le pays d'origine et, plus la transformation est poussée, mieux cela vaudra;
  • Les travailleurs doivent être des habitants des villages riverains de la forêt et non du personnel venant d'autres régions;
  • Les forêts doivent être exploitées et gérées de manière à assurer l'approvisionnement à long terme des unités de transformation en matières premières;
  • Les entreprises industrielles doivent être majoritairement à capitaux nationaux;
  • Il existe un marché local, sous-régional ou régional suffisamment fort pour consommer une grande proportion des productions des unités industrielles, pour une internalisation des effets externes.