Plus de trente ans après sa création la compagnie nationale des transports aériens, CAMEROON AIRLINES, ne cesse de sombrer. Il devient de plus en plus nécessaire de s’interroger sur l’avenir de ce symbole autrefois, et toujours, fierté nationale. Car les risques de voir la CAMAIR disparaître, à l’instar de la compagnie panafricaine AIR AFRIQUE, sont multiples et, ce n’est pas l’opacité de la gestion ni les limites dans la communication de la société qui peuvent donner aux Camerounais matière à optimisme.
Cela fait pratiquement huit mois que la nouvelle équipe de MM. Edouard Akame Mfoumou et Thomas Dakayi Kamga est à la tête de CAMEROON AIRLINES et l’on s’interroge, à juste titre, sur les orientations stratégiques de la compagnie. Entre temps l’on a eu vent de différentes avaries sur les avions de la compagnie aussi bien à Yaoundé, Douala et Paris, que dans les airs. C’est d’ailleurs un miracle si, à ce jour, l’on a déploré aucune victime.
Dans un système organisé, il y a justement huit mois que la nouvelle équipe aurait dû porter à la connaissance des Camerounais, actionnaires bien évidemment de la compagnie à travers son représentant qu’est l’Etat, le plan de redressement qu’elle entendait mettre en place, sans s’affranchir de la nécessité de fournir des éléments importants sur la situation qu’elle aurait trouvé, quand bien même l’on a tous conscience de l’ampleur de la catastrophe.
De fait, nous sommes en présence d’une structure économique dont les actifs sont quasiment nuls, la dette colossale, le personnel à la limite de l’inconscience (nous pouvons même parler d’incompétence pour certains), l’actionnaire majoritaire, dans son comportement, suicidaire et, ses divers représentants, en l’occurrence les ministres et les cadres tellement imbus de leurs titres, qu’ils doivent au décret et non à leurs compétences, continuent chaque jour d’ensevelir la compagnie.
Il y a bien des années que la CAMAIR a dépassé, sur le plan économique, la phase du coma irréversible. Tout ce qui a été fait pour la compagnie nationale des transports aériens l’a été en dépit du bon sens. Si la structure était encore viable il y a quelques années on peut se demander à quoi cela servirait réellement de la maintenir en assistance. Au moment de l’éviction de Monsieur Yves-Michel Fotso, la dette cumulée de l’Etat dépassait largement la somme impressionnante de 50 milliards de F Cfa. A l’opposé le passif de la compagnie s’établissait à plus de 90 milliards de F Cfa, soit un passif net, à supposer que l’Etat commence à rembourser, un jour, de plus de 40 milliards de F Cfa. Enorme ! Ce passif tient compte, s’il s’en faut, du solde des actifs de la compagnie qui, sans médisance aucune, sont inexistants puisque totalement amortis.
A ce jour, on ne peut prétendre que la CAMAIR prend en compte, dans sa stratégie, le rôle du client. Celui-ci occupe le dernier rang dans l’ordre des soucis des dirigeants qui se sont succédés et aussi de l’Etat. Ceci, en grande partie, nonobstant les autres incartades de gestion, justifierait la situation actuelle : retards fréquents quand ce ne sont pas tout simplement des annulations de vols intempestifs, changements d’horaires, personnel commercial au sol et navigant arrogant, hautain et globalement incompétent. Services à la limite de la provocation, etc. L’information des passagers est reléguée au rang de luxe et, si l’on vous demande votre numéro de téléphone au moment de la confirmation de votre voyage c’est juste pour remplir les cases prévues à cet effet et, permettre au système de valider la transaction.
CAMEROON AIRLINES est, par exemple, l’une des rares compagnies au monde où, pour les vols internationaux, le personnel navigant enregistre ses effets soit en même temps, soit après les passagers. Son dernier slogan ‘nous n’ignorons pas que vous avez le choix’ a parfaitement remplacé le précédent ‘pour mieux vous servir’. La compagnie a délibérément fait le choix de ne plus servir mieux ses clients, mais de les conforter dans leur choix d’aller voir ailleurs. Ce que beaucoup ont choisi de faire, sans état d’âme.
C’est donc en toute logique que l’on peut constater que les vols des compagnies concurrentes affichent complet, non seulement en raison de ces manquements dans la gestion des clients mais aussi compte tenu des tarifs pratiqués. Ces compagnies font d’importantes affaires sur les dessertes de Yaoundé et Douala.
La gestion personnalisée de la compagnie a, pour sa part, conduit à mettre en place des stratégies que nous demandons toujours à comprendre. Des liaisons entre des villes africaines ont été mises en place en dépit de tout bon sens. La CAMAIR a desservi, ces derniers temps, des villes comme Bamako et autres, destinations pour lesquelles nous n’avons ni la preuve qu’elles étaient rentables, ni la certitude que des études moyennement sérieuses avaient précédé leur mise en route. Dans ce type de choix, seul l’intérêt du (ou des) dirigeant(s) a prévalu, et nous avons tous contribué à le satisfaire. A l’opposé, la compagnie s’est débarrassée, en moins de quatre années, de tout ce qui lui était rentable. Elle a ainsi cédé l’exploitation directe du fret, à l’international, à des sociétés dans lesquelles les dirigeants avaient leurs intérêts. Ce type de décision est d’autant plus vexante que le fret était restée pour CAMEROON AIRLINES la seule activité à conserver. Sous d’autres cieux le fret est un secteur en pleine croissance
Dans le secteur passagers, il a été envisagé un temps, sous l’ancienne équipe de fermer définitivement la représentation parisienne, c’est-à-dire plus de 65% du trafic passagers.
L’une des menaces pour la CAMAIR est l’environnement dans lequel évolue la compagnie. Le transport aérien est en très forte mutation de sorte qu’il n’y a point de place, à l’heure actuelle, pour des compagnies solitaires, sans alliances efficaces et sérieuses avec d’autres compagnies. Sous des prétextes fallacieux suivant lesquels AIR FRANCE était ‘jalouse’ de CAMEROON AIRLINES et souhaitait sa perte, nous avons fini par annihiler tous les avantages qu’il y avait dans le partenariat qui existait avec la compagnie française. La situation délétère entre les deux compagnies bénéficie donc uniquement à AIR FRANCE qui a réussi, à Paris, à s’approprier, pour son seul profit les meilleurs espaces de la plate forme aéroportuaire de Roissy 2. AIR FRANCE qui pouvait étendre à la CAMAIR les privilèges de l’alliance Sky Team. Sur la liaison France-Cameroun, la compagnie française a, de plus, renforcé ses positions à travers une prise de participation dans la compagnie KLM. Directement ou indirectement, AIR FRANCE contrôle actuellement plus de 50% du trafic, avec une stratégie commerciale fort agressive : pour les mêmes tarifs que la CAMAIR, KLM qui ne dessert pour le moment que l’escale de Douala le plus grand volume d’affaires, propose des billets valables trois mois avec une franchise de 60 kg.
Il y a d’autres observations qu’il est nécessaire de relever ici. La possession ou la location des aéronefs de la compagnie est l’un des postes qui pèsent lourdement sur le passif de CAMEROON AIRLINES. A qui appartiennent les avions, combien coûtent-ils sont des sujets tabous. Pourtant comment envisager l’avenir d’une compagnie sans avoir réglé les problèmes inhérents à la possession des avion, à l’harmonisation de la flotte, nécessaire à la réduction des coûts de maintenance ?
Malheureusement CAMEROON AIRLINES ne peut se vanter d’avoir, actuellement, des accords de coopération ou d’assistance avec une seule compagnie digne de ce nom. Elle est seule et a négligé toute possibilité de se rapprocher d’autres compagnies, que ce soit d’Afrique (AIR GABON, KENYA AIRWAYS, NIGERIA AIRWAYS, SOUTH AFRICAN AIRWAYS pour ne citer que celles là), ou avec d’autres compagnies européennes (SWISS et SN, qui malgré leurs difficultés pouvaient apporter beaucoup).
La menace d’une arrivée prochaine de la compagnie aérienne des pays de la CEMAC se précisant, on se demande dans quelle état va se retrouver notre fierté nationale dans les prochains jours. Il est vrai que dans ce cas le Cameroun n’a encore réellement rien décidé et, malgré le positionnement de la ROYAL AIR MAROC, la mise en place de AIR CEMAC va encore tarder.
Privatiser ou non la compagnie nationale des transports aériens fait partie des questions essentielles que l’on peut se poser pour le moment. Y répondre n’est pas aisé mais il faut y réfléchir. Les expériences des précédentes privatisations (ou semi privatisations) des sociétés d’Etat est un des éléments qui rendent complexe la réflexion sur la privatisation de la CAMAIR. A l’exception de quelques rares cas tel celui de la CAMSHIP il faut reconnaître que l’Etat camerounais n’a pas réussi à lever le doute sur la sincérité des différentes manœuvres entourant les privatisations. La privatisation partielle de la SONELreste en travers de la gorge de bon nombre de Camerounais et, celle de la SNEC tarde à venir. Celle de la société des chemins de fer n’a pas non plus été brillante. L’Etat a mis sur pied, après privatisation, un comité de suivi à la CIMENCAM espérant éviter les déboires vécus à la SONEL.
Personne ne peut envisager racheter CAMEROON AIRLINES avec le passif actuel. Même en donnant gracieusement la compagnie à un quelconque investisseur, aucun ne la maintiendrait en vie, quand bien même cette donation serait complété par de nombreux avantages fiscaux.
Pour rendre privatisable la CAMAIR, l’Etat se doit d’apurer sa dette auprès de la compagnie et de porter caution pour le solde ce qui reviendrait à l’engager pour plus de 90 milliards de francs. En a t-il les moyens ? Oui lorsque l’on regarde le type de dépenses effectués par notre administration. Mais cela est-il politiquement sérieux ? Non dans la mesure où la privatisation de CAMEROON AIRLINES, avec garantie de maintien en activité aurait un coût social extrêmement important que nul ne pourra le gérer. Pour mémoire, l’escroquerie à la compression du personnel de M. Fotso n’a pas encore été liquidée et la compagnie a d’ailleurs procédé à de nouveaux recrutements.
Par ailleurs à quoi cela servirait-il de renflouer une compagnie pour la vendre ? Et à qui ?
Pourtant les potentialités existent en nombre et c’est pour cela que nous ne faisons pas parti de ceux qui pensent qu’il faudrait, à tout prix, privatiser la CAMAIR.
L’exercice, pour ressusciter la compagnie camerounaise n’est pourtant pas simple. Il suppose un changement radical dans les mentalités à commencer par le sommet même de l’Etat. Il est vrai qu’à ce niveau beaucoup font porter au président la responsabilité de faits dont il n’est pas forcément l’auteur. Néanmoins ! A l’instar de ce qui se ferait en cas de privatisation, l’Etat doit commencer par solder sa dette vis-à-vis de la compagnie. Cette dette est d’ailleurs incompréhensible dans la mesure où elle a été régulièrement budgétisée et le poste de dépenses concerné remis à zéro au début de chaque exercice. L’apurement de la dette de l’Etat est également une obligation en tant qu’actionnaire majoritaire. Lorsqu’une société est en crise, on appelle régulièrement à contribution les actionnaires. CAMEROON AIRLINES ne peut faire exception.
Le type des règlements des titres de transport de l’Etat envers la compagnie doit être revu. L’Etat parvient, pour les déplacements de ses agents via d’autres compagnies aériennes à régler les billets en espèces et à remettre à ceux-ci les frais de mission, toujours en numéraire. Il devrait agir de la même manière pour la compagnie nationale. Par la suite il faudrait s’attaquer au mode de désignation des dirigeants de la société. Les compagnies publiques ne sont pas des lieux où l’on enverrait en villégiature des cadres de l’administration dont on ne sait quoi faire.
La direction d’une société se doit d’être efficace et libre de mener une politique cohérente, basée sur la rentabilité. Pour cela elle doit pouvoir revoir et améliorer les méthodes des services commerciaux à travers une recherche effrénée des clients et une véritable fidélisation de ceux-ci. La Carte Lions Miles, par exemple, ne sert à rien. Revoir le choix des dessertes pour mettre un terme à toutes les insuffisances que nous avons relevées ci-dessus. Développer d’autres activités, notamment se rapprocher des acteurs du tourisme et, recouvrer un certain nombre de ses activités cédées (le fret). Créer des synergies avec des compagnies du continent pour améliorer les services et les liaisons avec d’autres continents comme l’Amérique et l’Asie qui font figures d’avenir pour les économies du continent africain.
Le client Camerounais, enfin, a sa part de responsabilité dans le processus de reconversion de CAMEROON AIRLINES. Les Camerounais ne font jamais de problèmes lorsqu’ils voyagent à bord d’autres compagnies que leur CAMAIR. Ils ont le poids de bagage qui leur a été prescrit, paient sans discuter les excédents qui leurs sont facturés, se présentent à l’heure aux portes d’embarquement et sont irréprochables dans leurs comportements à bord. Mais avec la CAMAIR ? !…